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Ce vendredi 6 mars, l’Institut de recherche sur la politique, la gouvernance et la violence (Ebuteli) a servi de cadre au vernissage du livre "Pour l’amour de ma mère et de ma patrie" de Wassy Kambale. Organisée dans une atmosphère intimiste, la rencontre a réuni des proches de l’auteur, des journalistes ainsi que des amateurs de littérature, venus découvrir ce premier roman. 

À travers cet ouvrage, Wassy Kambale propose une plongée dans les trajectoires humaines brisées par la guerre, en mettant l’accent non pas sur les statistiques, mais sur les histoires et les destins individuels. 

Selon l’auteur, la genèse du livre repose sur un constat simple. Dans les récits médiatiques et politiques consacrés aux violences dans l’Est du pays, « on parle beaucoup de stratégies, de territoires ou de ressources, mais très peu des prénoms, des vies et des destins fauchés par la guerre », dit-il. 

Ce roman se veut ainsi le fruit d’un long processus d’écoute et de témoignages recueillis au fil des rencontres.

« C'est l'accumulation des histoires que j'ai entendues, de ces regards que j'ai croisés. C'est la voix d'un jeune ancien enfant soldat qui m'a dit un jour : "On m’a tout pris, même le droit de pleurer" », confie Wassy Kambale. 

Cette parole, dit-il, a contribué à nourrir l’écriture du livre et à orienter sa démarche vers une exploration du visage humain de la violence.

La promesse d’enfant au cœur du récit

Le roman raconte l’histoire de Mutu, un adolescent de 14 ans dont la vie bascule après l’humiliation de sa mère. Animé par le désir de restaurer sa dignité et de défendre sa patrie, le jeune garçon s’engage dans un groupe armé. Ce choix, motivé au départ par l’amour filial et un sentiment de patriotisme, l’entraîne progressivement dans un engrenage de violence.

Au fil du récit, Mutu abandonne son identité et adopte le nom de guerre "Lucifer". L’ouvrage décrit ainsi la transformation psychologique d’un enfant confronté à la brutalité du conflit, pris dans une spirale faite à la fois de blessures personnelles, de pressions collectives et de décisions tragiques.

À travers ce personnage, l’auteur explore la manière dont des idéaux perçus comme nobles – l’amour familial ou le patriotisme – peuvent être instrumentalisés et conduire à la destruction. Le titre du roman, "Pour l’amour de ma mère et de ma patrie", prend alors une dimension paradoxale : il renvoie à la promesse d’un enfant qui, croyant agir pour protéger ce qu’il aime, finit par participer à la destruction de son propre village.

« Ce titre est donc une question posée au lecteur : qu'est-ce que l'amour, qu'est-ce que la patrie, si ces mots peuvent nous mener à commettre le pire ? », interroge l’auteur. 

Une réflexion sur la masculinité

Au-delà de la narration, l’ouvrage propose également une réflexion sur la construction de la masculinité dans un contexte de guerre. Dans les rangs du groupe armé, Mutu apprend que devenir un homme signifie dominer, inspirer la peur et savoir tuer.

Mais le roman remet progressivement en question cette conception. Le personnage découvre, dans la douleur la plus extrême, une autre définition de la masculinité, fondée non pas sur la destruction mais sur la protection de la vie.

Cette prise de conscience atteint son apogée lorsque Mutu devient père. Face à son fils, Pascal, l’ancien combattant comprend que la véritable force réside dans la capacité à protéger et à transmettre, plutôt qu’à détruire.

« La véritable masculinité, ce n'est pas la capacité à détruire une vie, mais la capacité à en protéger une. Ses mains, qui n'ont connu que la gâchette et la machette, tremblent en tenant cette vie minuscule. Et à cet instant, il réalise qu'être un homme, ce n'est pas de porter un fusil. C'est de porter un enfant », explique l’auteur. 

Et d’ajouter :

« Être un homme, ce n'est pas la force de prendre, c'est le courage de donner. Ce n'est pas le pouvoir de faire taire, c'est la responsabilité de donner une voix. C'est choisir la construction quand tout autour de vous pousse à la destruction. C’est cela, pour moi : la vraie masculinité est créatrice, pas prédatrice ». 

Pour l’auteur, cette transformation constitue le cœur moral du récit.

Mais si le roman décrit la descente aux enfers d’un enfant soldat, il s’attache également à explorer la possibilité d’un chemin inverse. L’histoire de Mutu ne s’arrête pas à la violence : elle s’oriente aussi vers une reconstruction personnelle.

« C'est aussi l'histoire d'une rédemption possible. Un jeune qui découvre que les mots, l’art et l’amour peuvent reconstruire ce que la guerre a détruit », indique Wassy Kambale. 

Dans cette perspective, l’art et la parole occupent une place centrale. L’auteur évoque notamment l’importance des espaces d’expression artistique, tels que les ateliers de slam ou d’écriture, qui permettent aux anciens combattants de transformer leurs traumatismes en récits et d’entamer un processus de reconstruction identitaire.

À travers ce roman, l’auteur porte également un plaidoyer plus large sur la prévention de l’enrôlement des jeunes dans les groupes armés. Selon lui, la première bataille consiste à s’attaquer aux causes profondes qui poussent les adolescents à prendre les armes.

« La prévention est la plus grande bataille que nous puissions mener en ce moment. Comment préserver les jeunes ? Je crois que c’est en tuant dans l'œuf les raisons qui les poussent à prendre les armes », explique-t-il. 

Parmi celles-ci figurent notamment l’humiliation sociale, l’injustice, l’absence de perspectives économiques ou encore le sentiment d’abandon par les institutions.

Dans ce contexte, l’auteur estime que pour protéger nos jeunes, il faut leur offrir une alternative crédible à la guerre.

« Cette alternative, c'est l'éducation, c'est la culture, c'est le travail. C'est un État de droit qui fonctionne, où un jeune n'a pas besoin d'une arme pour se sentir en sécurité ou pour nourrir sa famille », déclare l’auteur. 

Pour les jeunes ayant déjà rejoint des groupes armés, le retour à la vie civile représente souvent un processus complexe. L’auteur insiste sur la nécessité d’un accompagnement psychologique pour aider ces anciens combattants à se détacher de la logique de guerre.

« Pour ceux qui ont déjà traversé, la transition est un chemin de croix. Mon livre le montre : on ne quitte pas un groupe armé comme on démissionne d'un travail. Les fantômes vous poursuivent », dit-il. 

Ce processus passe, selon lui, par un « désarmement psychologique », qui consiste à travailler sur les traumatismes et les mécanismes de violence intériorisés.

« Avant de leur enlever le fusil, il faut leur enlever la guerre de la tête. C'est ce que j'essaie de montrer à travers les ateliers de slam. L'art-thérapie, la parole, sont des outils incroyablement puissants. Ils permettent de donner une forme à l'horreur, de transformer un traumatisme en un récit, et un cri de douleur en une œuvre d'art », confie l’auteur. 

Et de poursuivre : « C'est un processus de reconstruction identitaire. Le jeune doit cesser de se voir comme "Lucifer" pour redevenir "Mutu" ». 

La deuxième étape, selon l’auteur, c'est la réintégration communautaire. La communauté doit être prête à pardonner, non pas à oublier, mais à pardonner. 

« La réintégration dépend également de l’attitude des communautés. L’accueil et le pardon, même difficiles, jouent un rôle crucial pour éviter que ces jeunes ne replongent dans les cycles de violence », déclare Wassy. 

Il conclut : « C'est un processus difficile, qui demande des médiateurs, des dialogues. Si la communauté rejette l'enfant qui revient, elle le renvoie directement dans les bras d'un autre chef de guerre. Il faut donc travailler sur les deux fronts : soigner l'enfant et préparer la communauté à l'accueillir ». 

Ce roman tente de replacer l’humain au centre du récit des conflits congolais. À travers le parcours fictif de Mutu, l’auteur rappelle qu’aucun enfant n’est destiné à devenir soldat et que chaque trajectoire de violence est le produit de circonstances sociales, politiques et humaines.

James Mutuba 

 



Me Willy Wenga Ilombe vient de présenter un ouvrage inédit consacré aux immunités et privilèges de poursuite en droit congolais. Dans ce livre, l’auteur apporte des éclaircissements sur une question qui suscite de nombreux débats dans l’espace politico-judiciaire de la République démocratique du Congo.

Véritable abrégé de la Constitution, des lois organiques et des règlements intérieurs du Parlement, l’ouvrage se veut un manuel pratique.

Il expose la nature et la portée des immunités, les conditions de leur levée ainsi que la procédure à suivre pour engager des poursuites contre les personnalités concernées. L’objectif affiché est de dissiper les malentendus et d’éviter l’assimilation des immunités à une forme d’impunité.

« Les immunités et privilèges de poursuite ne se décrètent pas, ils ne sont pas innés ni éternels. Ils sont acquis et peuvent se perdre sauf législation contraire », insiste Maître Wenga, qui souligne que la reconnaissance de ces prérogatives n’est pas d’origine congolaise mais découle d’un système juridique universel.

Dans son intervention, l’auteur a tenu à remercier plusieurs personnalités et institutions qui ont soutenu cette initiative, notamment le Président de la Cour constitutionnelle Dieudonné Kamuleta Badibanga, le 2ᵉ Vice-Président du Sénat, Modeste Bahati Lukwebo, le Député Trésor Mutiki, les Pères jésuites, ainsi que la Radio Top Congo FM pour leur accompagnement.

Préfacé par le Procureur Général près la Cour de Cassation, l’ouvrage s’inscrit dans une démarche pédagogique et réformatrice. Il appelle les chercheurs, parlementaires et praticiens du droit à poursuivre la réflexion sur l’adaptation et l’amélioration du cadre juridique congolais.

« Nous n’avons fait que poser des jalons, le reste appartient aux autres chercheurs et aux institutions de réforme du droit », a conclu Maître Willy Wenga Ilombe.

Avec ce travail, l’avocat espère offrir un outil de référence pour renforcer la transparence et l’État de droit en RDC, tout en encourageant un débat national autour de la levée des immunités et de la lutte contre l’impunité.

Rappelons qu’il s’agit de la sixième publication de Me Willy Wenga Ilombe.

ITK



 L’importance du « slam » (une poésie déclamée dans un espace public, avec ou sans un accompagnement musical), dans les écoles, a été expliquée jeudi, à Kinshasa, capitale de la République démocratique du Congo, par un jeune poète pour éviter la confusion dans l’esprit des élèves,  amateurs, de ce  genre de littérature, a constaté l’ACP jeudi.

«Le +slam+ est d’une grande importance capitale dans le cadre scolaire pour plusieurs raisons. Tout d’abord, il permet aux élèves d’exprimer leurs émotions et leurs pensées de manière créative, favorisant ainsi une meilleure compréhension de soi.

En écrivant tout comme en récitant des slams, les apprenants améliorent en même temps leur maîtrise de la langue et enrichissent leur vocabulaire.(…) Intégrer cette forme d’art au programme scolaire, c’est offrir aux élèves un espace pour s’exprimer librement tout en développant des compétences essentielles, puisque le slam stimule la créativité et l’innovation, des compétences essentielles dans le monde moderne », a indiqué Bila Ntambwe L’importance de l’art du slam dans les écoles.

Pour Bila Daniel, l’art du slam est également important à plusieurs égards, d’autant qu’il est parfois utilisé comme moyen d’expression, une arme de paix et un outil de plaidoyer.

« Se produire devant un public aide à développer la confiance en soi et à surmonter la peur de s’exprimer. De plus, le slam aborde souvent des thèmes sociaux et politiques, éveillant les élèves à des problématiques contemporaines et les incitant à réfléchir sur le monde qui les entoure », a-t-il dit en ajoutant  que «cet art valorise la diversité des voix et permet aux élèves de découvrir différentes cultures et perspectives tout en favorisant l’empathie ».

Le jeune poète a, par ailleurs, signalé que les ateliers de slam, qui selon lui, encouragent le travail collaboratif et renforcent les compétences interpersonnelles grâce au partage d’idées et à la critique constructive, sont également nécessaires et importantes pendant le processus de développement des apprenants.

Natif de Kisangani, chef-lieu de la province de la Tshopo, au Nord-Est de la République Démocratique du Congo, Bila Daniel est initiateur du concours de la poésie en ligne dénommée : « Plume boyomaise ».

Évoluant en solo, Bila a lancé depuis la semaine dernière son programme “ slam à l’école ”, pour donner de l’ampleur au Slam, cet art de la scène qui commence à gagner du terrain en République Démocratique du Congo.

 ACP/JF

 


« Le Parc national des Virunga à l’épreuve des réalités locales » est le nouvel ouvrage de Me Olivier Ndoole Bahemuke, publié en février 2025 aux éditions Jets d’encre. Ce livre de 206 pages explore à la fois les menaces qui pèsent sur le parc et les opportunités qu’offre ce site classé au patrimoine mondial, notamment en période de conflits armés dans la région.

Il s’agit de la troisième publication de cet activiste climatique et défenseur des droits fonciers, connu pour son engagement sur les questions environnementales et sociales au Nord-Kivu.

radiookapi.net/CC



Le Centre Wallonie-Bruxelles de Kinshasa a accueilli, mercredi 25 juin, la présentation de l’ouvrage « Personal Branding : votre allié pour vous démarquer », écrit par Joyce Masiala, jeune auteur congolais de 21 ans. L’événement a réuni plusieurs professionnels du monde entrepreneurial, culturel et institutionnel, autour de la thématique de l’image de marque personnelle.

Le Personal Branding, ou l’art de se positionner comme une marque, consiste à mettre en valeur ses compétences, ses valeurs, son histoire et à gérer de manière stratégique son image dans un monde ultra-connecté.

« Nous sommes tous des marques personnelles, d’où l’importance de comprendre la perception que les autres ont de nous, à travers notre communication, notre personnalité et nos actions », a déclaré Joyce Masiala.

Il a insisté sur la nécessité de faire preuve de cohérence dans ses actes et ses prises de parole.

« Toute chose que l’on fait, même en silence, est un langage. Le Personal Branding consiste à mettre en avant ce qu’il y a de meilleur en nous, et il ne faut pas le confondre avec le phénomène Matalana », a-t-il clarifié.

L’auteur présente dans son ouvrage une méthode en trois étapes : se connaître, se faire connaître et se faire reconnaître.

« Pourquoi se connaître ? Parce qu’on ne peut pas vendre un produit qu’on ne connaît pas. Nous sommes souvent pressés de paraître avant d’être. Il faut d’abord comprendre qui nous sommes, puis y ajouter notre valeur ajoutée », a expliqué Joyce Masiala.

Intervenant lors de la présentation, Patience Issa, coordinatrice de K-FÉ Culture, a rappelé l’importance de la construction identitaire dans le secteur artistique.

« Le Personal Branding, c’est simplement la manière cohérente et authentique de se construire avant de se vendre. C’est un travail personnel qui demande du temps et qui suppose des objectifs clairs et une vision à long terme », a affirmé Patience Issa.

Dans le monde de l’entrepreneuriat, la dimension personnelle de l’image professionnelle a également été soulignée.

« En tant qu’entrepreneur, on ne vend pas seulement ses produits, on se vend aussi soi-même. Il faut construire une image forte, cohérente, qui reflète nos compétences, notre personnalité et nos valeurs », a déclaré Laeticia Mbayo, CEO de Kazi Space.

Quant à Malicka Mukubu, présidente du conseil d’administration de l’ONT et marraine de l’activité, elle a élargi le concept à la dimension patriotique du Personal Branding.

« Nous devons changer notre mentalité. Le Personal Branding, c’est aussi aimer son pays et en prendre soin », a-t-elle indiqué.

Elle a mis en garde contre les contenus négatifs diffusés en ligne qui nuisent à l’image du pays.

« Cela implique de construire une image cohérente et attractive, aussi bien pour soi que pour son pays. Un bon Personal Branding évite de publier des contenus qui détériorent l’image nationale. Chaque image publiée compte », a insisté Malicka Mukubu.

Publié en février 2025, « Personal Branding : votre allié pour vous démarquer » offre une vision pratique et accessible du développement personnel à travers la gestion de son image. Pour Joyce Masiala, il s’agit d’un outil stratégique pour influencer positivement son environnement professionnel, tout en inspirant les jeunes à laisser une empreinte durable.

Haradie Moza (Stagiaire)



Un atelier d’échange sous le thème. « De l’incapacité au leadership : ce parcours est-il possible pour la jeunesse ? » est prévu vendredi 1er novembre, à l’Université de Kinshasa, au centre de Kinshasa en République démocratique du Congo (RDC), a appris l’ACP lundi, au cours  d’un entretien.  

« L’objectif de cet atelier est de soutenir les jeunes talents, puisque l’auteur est étudiant à l’Université de Kinshasa et également, membre du Cercle des Hommes des Lettres de l’Unikin (CERHOL) », a déclaré Séraphin Mikobi, le coordonnateur du Cercle des Hommes des Lettres de l’Unikin (CERHOL).   « A travers cet atelier d’échange, nous allons pousser les étudiants congolais, et les participants, à avoir le goût de la littérature », a-t-il ajouté.

Il a affirmé que cet atelier d’échange s’inscrit dans le cadre de la formation des étudiants au leadership. Cet atelier d’échange, lié au thème abordé dans le livre intitulé « J’ai vu Dieu, de l’incapacité au leadership », sera enrichi par l’intervention de diverses personnalités, notamment Patrick Onoya, professeur des Universités, l’écrivain congolais Christian Gombo Tomokwabini, du dramaturge Félicien Omayete, l’artiste et philanthrope Licelv Mauwa, le député Sylvain Kanyinda, le pasteur Daniel Mbila, Thierry Makobele, conseiller communal de Ngaliema, et de Isaac Kanyinda, bourgmestre adjoint de la commune de Ngaliema.

Cette activité sera sanctionnée par le baptême de la pièce de théâtre intitulé « J’ai vu Dieu, de l’incapacité au leadership » de l’écrivain Félicien Omayete.

ACP/CC



Le Prix Emilie-Flore Faignond 2024 a rendu son verdict dimanche 6 octobre à Kinshasa et à Bruxelles. C’est la deuxième édition de ce prix littéraire biennale après une édition spéciale en 2021 et une première édition en 2022. C'est dans un élan de joie et d'émotion que Marc Kanyinda a été couronné pour son recueil de nouvelles “L'implacable Kinshasa”. Une œuvre qui, tel un miroir, reflète la vie tumultueuse de la capitale congolaise.

Ce livre comporte 12 nouvelles, douze instantanés d'une ville qui ne dort jamais. Marc Kanyinda, avec sa plume incisive, a su capter l'âme de Kinshasa, ses contradictions, ses espoirs. Son récit, un hymne à la résilience, a conquis le jury et lui ouvre les portes d'un avenir littéraire prometteur, empochant au passage une somme de 1 000 $ pour lui permettre de se faire éditer et de faire avancer son travail d'écrivain.

Présent pour recevoir son prix, il ne tarit pas d’ambition pour la plume.

“ Au début de ma carrière j'envisageais de publier au-moins cinq livres qui feront la fierté de la littérature Congolaise et l'objectif reste le même. Ceci est mon premier livre, j'ai déjà finalisé le manuscrit du deuxième qui pourrait être publié au début de l'année prochaine ”, a dit Marc Kanyinda.

À côté de Marc Kanyinda, c'est Christian Gombo qui a été honoré du titre d'ambassadeur littéraire. Une reconnaissance amplement méritée pour cet écrivain chevronné, dont l'œuvre et l'engagement en faveur de la littérature congolaise sont sans équivoque. En plus du fait que son livre “Le carnet de Christian Gombo” était parmi les 8 en courses pour tenter de décrocher le prix Le Prix Emilie-Flore Faignond 2024, cette figure bien connue dans le secteur littéraire congolais est primée aussi pour sa maîtrise originale et d’exception de la langue française, dans ses écrits.

“ Cet événement vient récompenser le travail effectué depuis 2017 lorsque j'ai décidé de m'engager à temps plein dans la littérature. Ce sacre est une joie mais aussi un fardeau qui nous incombe dorénavant de faire honneur à ce prix en prouvant qu'on l'a mérité et cela nous pousse aussi à redoubler d'efforts pour propulser la littérature Congolaise ”, a dit Christian Gombo.

Émilie-Flore Faignond, la marraine du prix, a, quant à elle, rappelé l'importance de soutenir les jeunes talents et de donner une voix à ceux qui aspirent à un monde meilleur.

“ Le Congo est le réservoir des jeunes talents écrivains, qui manipulent avec tact la langue de Molière pour parler de notre terre avec beaucoup d'amour et la font aussi connaître. Je voudrais que cette jeunesse soit lu et entendu parce que à travers leurs écrits ils expriment beaucoup de choses comme leurs douleurs, ce qu'ils voient, ils expriment leurs attentes, leur déception et bien évidemment l'amour de leurs terres et tous, ils espèrent le meilleur pour cette terre congolaise qui est infiniment belle, grande et qui devrait briller comme un diamant dans notre humanité ”, a-t-elle indiqué.

Joyeux Ngoma et Kom Kum, deux autres plumes prometteuses, ont également été récompensés. Leurs œuvres, "Le silence de l'âme" et "Usalama", ont séduit le jury par leur originalité et leur sensibilité. Ils repartent avec les prix coup de cœur de cette édition.

A propos du Prix Emilie-Flore Faignond 

Le Prix Émilie-Flore Faignond est bien plus qu'une simple récompense. C'est un tremplin pour de jeunes auteurs, une vitrine pour la littérature congolaise et un hommage à la richesse culturelle d'un pays. Il récompense un.e jeune auteur.rice, dans le secteur littéraire, qui a entre 18 et 35 ans, pour promouvoir la littérature congolaise jeune, pour faire découvrir non seulement l’écriture congolaise mais surtout les jeunes auprès d’un grand public.

L’édition spéciale de 2021 a vu l’activiste littéraire Soraya Odia être primée. À partir de l’édition 2022, le prix a pris sa trajectoire normale de bisannuel. Le prochain Prix Émilie Flore-Faignond sera remis en 2026. Les livres en lice seront ceux publiés en 2024 et 2025. Un comité prend le temps de les lire sur proposition des éditeurs, des écrivains ou de l’équipe de Bookutani.

Les livres sont proposés par les maisons d’éditions, les auteurs ou par les membres du Comité de lecture et de l’organisation du prix. Le gagnant est désigné selon les critères établis par le Comité de lecture qui est souverain. Celui-ci analyse les livres sélectionnés selon des critères liés à l’écriture, aux personnages, aux thèmes et à l’appréciation globale du livre. Un Comité de lecture est basé à Kinshasa pour les membres résidant en RDC, un autre est basé à Bruxelles pour les membres de la diaspora.

Le Prix, organisé par l’association Bookutani, est doté de la somme de 1.000$ pour le vainqueur. La première édition, achevée le 1er octobre 2022 a connu pour vainqueur Elvis Ntambua pour son livre “Makila”.

Kuzamba Mbuangu 



Le monde littéraire accueille un nouveau-né, Course contre la honte, écrit par l’auteure Reinette Mulonda Ta-Kasongo. Ce roman de plus de 200 pages a été lancé ce vendredi 20 septembre à Kinshasa, baptisé par Richard Ali, directeur de la bibliothèque Wallonie-Bruxelles.

Le roman explore les défis et les pressions auxquels les femmes africaines modernes sont confrontées, en particulier en ce qui concerne les attentes sociales liées au mariage et à la réussite personnelle.

« Course contre la honte est un roman avec plusieurs messages clés. Mais si je dois le résumer en un seul, je dirais que la plus belle des réussites se construit au-delà des attentes imposées par les autres. Si on a un but, il doit être personnel, défini pour nous et non pour les autres », explique l’auteure.

Reinette Mulonda raconte l’histoire de Raïssa, une femme d’affaires ambitieuse, qui, malgré sa carrière exemplaire, se retrouve confrontée aux préjugés sociaux qui continuent de faire du mariage un critère majeur de la valeur d’une femme en Afrique. Raïssa cherche à prouver que sa réussite ne devrait pas être définie par un anneau à son doigt, mais plutôt par ses compétences, sa détermination et ses accomplissements personnels.

Ce premier roman met en lumière la quête effrénée de Raïssa pour obtenir une couronne symbolique que la société lui refuse tant qu’elle n’est pas mariée, tout en explorant les sacrifices, les obstacles et les souffrances engendrés par cette quête.

« Ce roman s’adresse à tous : hommes, femmes, parents, jeunes filles, femmes accomplies ou en quête d’elles-mêmes. Il est diversifié et pluriel, chacun y trouvera sa part », a ajouté Reinette.

Un avenir littéraire prometteur

Reinette Mulonda Ta-Kasongo n’est pas une simple nouvelle venue dans la littérature congolaise. Médecin de formation et activiste engagée, elle avait déjà été nominée au prestigieux Prix littéraire Zamenga en 2019 grâce à sa nouvelle Fioti, témoignant de son talent. Avec Course contre la honte, elle poursuit son engagement en faveur de la cause féminine, en remettant en question de nombreuses idées reçues sur la réussite des femmes.

Entre amour, ambition, sorcellerie et trahison, l’auteure entraîne ses lecteurs dans une aventure passionnante, qui incite à réfléchir sur le rôle de la femme dans la société contemporaine. Ce livre est bien plus qu’un simple roman : c’est un cri de ralliement pour toutes les femmes qui, comme Raïssa, veulent prouver que leur valeur ne se résume pas à leur état civil, mais à leur force de caractère et à leurs réalisations.

Une histoire des premières

Après une année d’existence, les éditions Mesdames ont relevé leur premier défi en publiant Course contre la honte, le tout premier roman de Reinette Mulonda et la première publication de cette maison d’édition lancée en 2023.

« Quand j’ai reçu le manuscrit, j’étais assez hésitante, étant donné que c’était notre première publication. Nous avions reçu des tonnes de manuscrits, mais aucun ne nous avait convaincus jusqu’à celui de Reinette. Son texte était à part, particulièrement parce que notre maison d’édition ne publie que des femmes. Le thème osé de Course contre la honte, qui remet en question l’idée que la femme doit nécessairement finir au foyer, nous a semblé un bon choix pour un premier lancement », a déclaré Grâce Bilola Kakera, présidente de l’Ajeco et éditrice en chef des éditions Mesdames.

Cette première publication marque l’entrée de Mesdames sur la scène littéraire. Jusqu’à présent, la maison d’édition ne reçoit que des manuscrits d’auteures féminines, mais elle prévoit d’ouvrir une brèche de six mois pour accueillir des œuvres masculines.

La publication de ce premier ouvrage pourrait bien être le début d’une nouvelle ère pour la littérature congolaise, où les récits féminins ne sont plus marginaux, mais essentiels à la compréhension des dynamiques sociales actuelles.

James M. Mutuba



Fête de la littérature, la Grande Rentrée Littéraire de Kinshasa, qui a ouvert ses portes ce jeudi, a poursuivi ses festivités ce vendredi 13 septembre, continuant de surprendre et d’enchanter les passionnés de la littérature lors de sa deuxième journée. Cet événement, véritable eucharistie de la littérature congolaise, a débuté par l’ouverture du grand marché du livre, un moment qui permet aux passionnés de la chose littéraire de s’initier dans l’univers mystique des livres et de découvrir une vaste gamme d’ouvrages.

Juste après, s’est invité à l’heure du conte avec les élèves venus de différentes écoles des périphéries de Kinshasa, avec l’animation autour du livre “Jo betela nga lisolo” de Jovitha Songwa. Cette artiste de talent a fait un mini-spectacle de conte animé, apportant une touche d’animation et de créativité aux jeunes lecteurs.

L’un des événements marquants de cette deuxième journée était l’atelier de création de spectacle Slam animé par le collectif Tetra. Ce moment de partage entre participants et ce trio des têtes travailleuses et rares, avait comme objectif la « réinvention de l’art oratoire et du spectacle ». Cet atelier, qui s’achèvera ce samedi 14 septembre lors de la clôture de cette édition de la grande rentrée littéraire, a pour mission de transformer les passionnés de l’écriture et du Slam, qu'ils soient novices ou expérimentés, en véritables artistes du verbe.

La journée a été riche en activités, notamment avec une table ronde dédiée spécialement aux bandes dessinées et littérature jeunesse, sous le thème de “Fête de la BD. BD faite par les femmes. Femmes au cœur de la BD”. Cette table ronde a réuni des bédéistes tels que Santa Kakesa, Prisca Mena, Jérémie Nsingi, Mola Boyika et Claudeo Nsiala. Ces auteurs ont partagé leurs expériences et discuté de l’importance des femmes dans le monde de la bande dessinée.

Le programme s’est poursuivi avec un vernissage dédié aux livres écrits par des femmes. Les nouvelles voix féminines de la littérature congolaise ont eu l’occasion de présenter leurs œuvres au public. Les éditions « Ma Plume Aiguisée » et « Mesdames » ont été représentées par Noëlla Katham (avec « Ajabu »), Myriam Zanga (avec « L’Espoir au-delà des Étoiles ») et Reinette Mulonda (avec « Course contre la Honte »). De même, les éditions Grand Lac et Mikanda ont présenté Netty Mayaka avec « Mariée à Tout Prix » et Jovitha Songwa avec « Jo, Betela Nga Lisolo ».

La journée s’est conclue par un choc littéraire de haut vol entre Christian Gombo, l’auteur maudit et Charlie Demoulin. Deux auteurs aux horizons distincts mais au style d’écriture similaire et aux mêmes folies ont croisé leurs regards sous la modération de Medi Wa Mulenda, sur leurs œuvres respectives, “Silence me mord” et "Maudit soit-il". Les deux écrivains ont offert au public une plongée dans des univers où la solitude et la vacuité existentielle sont traitées avec une écriture directe et sans compromis. Cette confrontation littéraire a suscité un grand intérêt et a capté l'attention des lecteurs présents. 

Les échanges ont été particulièrement vivants, avec des extraits lus devant un public captivé. Cette confrontation entre les univers littéraires endiablés de Gombo et Demoulin a permis de souligner la profondeur et la diversité des écritures contemporaines.

La deuxième journée de la Grande Rentrée Littéraire de Kinshasa a ainsi réussi à allier découverte, débat et célébration de la littérature, confirmant son rôle central dans la promotion des voix littéraires de la région. Les participants ont quitté l'événement enrichis par des expériences littéraires variées et stimulantes, offrant un aperçu prometteur de la suite du festival.

James M. Mutuba



Samedi 31 août dernier, la commune de Matete a été le théâtre d’une innovation littéraire dans la ville de Kinshasa avec l’inauguration de la Clinique Littéraire de Kinshasa (CLK), une initiative de la fondation Otul ASBL, sous la direction du poète congolais Patrick Kitenge, alias Pat Le Gourou. Ce projet vise à offrir un espace dédié à la création et au développement de l’écriture, mettant l’accent sur l’accompagnement personnalisé des écrivains mais surtout des enfants. 

Conçue comme un espace de soin et de création, la clinique littéraire vise à revitaliser la scène littéraire congolaise. Inspirée par le besoin de soigner une littérature jugée malade, elle offre un cadre où adultes et enfants peuvent interagir et se développer autour de l'écriture.

Lors de la cérémonie inaugurale, Pat Le Gourou a expliqué a souligné l’importance de cet espace où la parole et l’écrit se rencontrent pour soigner les maux de la littérature congolaise. 

« On a pensé à la clinique littéraire parce qu’il fallait d’abord penser à une guérison. Je crois que notre littérature est malade depuis plusieurs années et c’est une maladie que nous voyons, que nous vivons. S’il faut guérir, c’est d’abord une prise de conscience, mais au-delà de la prise de conscience, il faut un cadre. Il fallait trouver un cadre où on échange, un cadre où on interpelle. On a pensé à l’adulte mais surtout à l’enfant. Puisque l’enfant reste ce sol fertile dans lequel il faut mettre le grain », a indiqué l’initiateur de la CLK.

La Clinique Littéraire de Kinshasa se distingue par son approche thérapeutique de la littérature, considérant cette dernière comme un moyen d’expression et de guérison. Pour les enfants, la clinique propose des mesures de prophylaxie littéraire, un soutien scolaire et un accompagnement personnalisé.

« Le suivi scolaire, c’est que l’enfant amène à la clinique tout ce qu’il a en termes de difficulté, il apporte ses cours, ses devoirs à domicile et autres. Il y aura quelqu’un de permanent pour l’accueillir et prendre soin de lui. S’agissant de l’accompagnement littéraire, il y aura des personnes pour prendre l’enfant par la main et le guider dans ses lectures mais aussi dans ses écritures pour permettre à l’enfant de se découvrir lui-même et de prendre sa voie », a ajouté Pat Le Gourou.

Les adultes, quant à eux, bénéficieront de diagnostics littéraires, de soins urgents sous forme d'ateliers et d'hospitalisations pour une formation approfondie. Chaque œuvre, qu'elle soit publiée ou non, est soumise à une critique rigoureuse, permettant aux auteurs d'affiner leur art.

Chloé-Marie Kitenge, 12 ans, est un jeune prodige de la littérature congolaise. Vainqueur du prix littéraire Zamenga section enfants en 2022, elle a partagé son expérience. Elle encourage les jeunes comme elle à plonger dans la lecture et l’écriture, soulignant le rôle crucial des parents dans cet apprentissage.

« Le conseil que je peux donner aux enfants, c’est que grâce aux mots, on peut apprendre plusieurs choses et enrichir son vocabulaire et l’améliorer. Je conseille à tous les enfants de lire et d’écrire plus souvent parce que c’est quelque chose de très important, c’est une chose fondamentale qu’on apprend depuis la maternelle et ici au Congo, je constate qu’il y a encore des enfants qui ont du mal avec la lecture et l’écriture », a-t-elle dit.

Et d’ajouter : 

« Mes parents m’ont encadré dans la lecture et dans l’écriture, principalement mon père qui est lui-même écrivain. J’ai commencé à écrire toute seule par passion mais c’est lui qui m’a aidé à entrer dans ce contexte-là, beaucoup plus sérieusement. Je conseille à d’autres parents d’encadrer leurs enfants, de les suivre dans ce domaine de la littérature ».

L'inauguration a réuni des figures importantes de la sphère littéraire et culturelle de Kinshasa, marquée notamment par la présence de la Ministre de la Culture, Arts et Patrimoine, Yolande Elebe Ma Ndembo qui, plus tôt, est passée visiter le lieu. 

Le Marc Bamenga, un des initiateurs de ce projet, a exprimé son espoir de voir de nombreux enfants profiter de cet espace unique, promettant des actions de sensibilisation dans les quartiers environnants.

« Nous attendons à ce qu’il y ait beaucoup d’enfants, qu’ils viennent nous visiter mais avant ça nous comptons faire une ronde dans les quartiers, faire du porte à porte pour distribuer des tracts et informer aux parents qu’il y’a un lieu de culture qui était érigé et inauguré en date du 31 août 2024 pour faire justement appel à ces enfants là, qu’ils viennent afin que nous commençons ce processus d’initiation à la chose de la lettre », a-t-il lancé.

La cérémonie a été ponctuée par une prestation de Slam du collectif Tetra (Têtes rares où Têtes travailleuses) captivant l’audience avec des mots puissants et inspirants. Cette performance a illustré l’énergie créative que la clinique souhaite insuffler. Obed Bossa, Fernando Kusenza et Benjamin Masiya ont ostensiblement assuré le spectacle.

La Clinique Littéraire de Kinshasa ambitionne de devenir une référence en matière de promotion de la langue et de la culture francophone, avec en ligne de mire l'organisation du Prix Kinois du Livre. En transformant les maux en mots, elle veut stimuler ainsi une émulation saine entre jeunes et auteurs. Avec cette clinique, Kinshasa pose une pierre angulaire dans l’édifice culturel africain, où chaque individu peut se métamorphoser en un écrivain accompli.

James Mutuba

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