Bien que placée sous le thème central : « Transformation du secteur agricole, pastoral et halieutique, développement rural et connexion aux marchés urbains », les crises récurrentes entre les gouvernements provinciaux et les assemblées provinciales, étaient au coeur du discours du Chef de l'État, Félix Tshisekedi, à l'ouverture des travaux de la 13e Conférence des gouverneurs, ce mardi 24 mars à Bandundu, chef-lieu de la province du Kwilu, à l’ouest du pays.
M. Tshisekedi a rappelé que la décentralisation n’a jamais eu pour vocation de transformer les provinces en foyers de tensions permanentes. Elle n’a jamais eu pour objet de substituer aux exigences de bonne gouvernance des logiques de confrontation, de captation ou de blocage. Mais la décentralisation vise à rapprocher l’État du citoyen, adapter l’action publique aux réalités locales, responsabiliser les acteurs territoriaux et faire émerger, dans chaque province, des dynamiques de développement conformes à leurs potentialités propres.
« J’attends donc de tous les acteurs provinciaux, et tout particulièrement des gouverneurs et des présidents des assemblées provinciales, qu’ils se montrent à la hauteur de cette responsabilité historique. Le contrôle parlementaire provincial est légitime. Il est nécessaire. Il est sain dans une démocratie. Mais il ne peut devenir un instrument de chantage politique ni d’instabilité chronique. Il ne peut être détourné de sa finalité pour servir des intérêts particuliers, des agendas personnels ou des équilibres précaires sans rapport avec l’intérêt général », a interpellé le Président Félix Tshisekedi dans son discours.
Et de poursuivre :
« De la même manière, l’autorité de l’exécutif provincial ne saurait s’exercer dans l’opacité, dans le mépris des textes et dans l’affaiblissement délibéré des mécanismes de redevabilité. Ce dont nos provinces ont besoin, ce n'est ni d'institutions paralysées ni d'institutions rivales, ce dont elles ont besoin, ce sont des institutions qui se respectent, qui coopèrent, qui se contrôlent mutuellement dans le cadre de la loi et qui gardent en toutes circonstances le souci supérieur des populations ».
Revenant sur le thème des travaux, le Président Félix Tshisekedi a souligné que la transformation des secteurs agricole, halieutique et pastoral ne se heurte pas uniquement à des défis techniques et financiers. Selon lui, elle se confronte également, trop souvent, à des faiblesses de gouvernance, à des blocages institutionnels, à des rivalités de pouvoir, à une mauvaise articulation entre les différents niveaux de décision et, parfois, à une compréhension imparfaite de ce que signifie réellement la décentralisation dans un État unitaire.
« Aucune politique agricole sérieuse ne peut prospérer dans un environnement marqué par des crises répétées entre gouvernements provinciaux et assemblées provinciales. Aucun investisseur, aucun partenaire, aucune communauté productive ne peut se projeter sereinement là où l’incertitude politique devient la règle, là où les conflits institutionnels paralysent l’action publique et là où les priorités varient au gré des calculs de circonstance. De la même manière, aucun développement rural durable ne peut naître dans un climat dominé par l’affrontement permanent, l’instabilité des équipes, la confusion des responsabilités ou la politisation excessive des mécanismes de contrôle », a souligné le Chef de l'État.
Depuis la promulgation de la Constitution de 2006, les gouvernements provinciaux et les assemblées provinciales peinent à parler le même langage, ce qui entraîne régulièrement des tensions récurrentes paralysant parfois le fonctionnement des provinces. À l’origine, on trouve des accusations mutuelles de mauvaise gouvernance, la politisation des pétitions contre les membres de l’exécutif, mais aussi des chantages, ouvrant parfois la voie à des contentieux devant les instances judiciaires.
Depuis l’année dernière, le gouvernement congolais, par le biais du Vice-Premier ministre de l’Intérieur, Jacquemain Shabani, avait demandé aux bureaux des assemblées provinciales d’adopter une résolution suspendant les motions et pétitions « pendant cette période de guerre ». Cette instruction fait suite à une vague d’instabilité dans plusieurs provinces, marquée par la destitution récente de plusieurs gouverneurs et présidents d’assemblées provinciales.
S’exprimant le 5 octobre 2025 à Kinshasa, devant les gouverneurs des 26 provinces et les membres des bureaux des assemblées provinciales, Jacquemain Shabani avait rappelé les directives du Chef de l’État émises lors des précédentes conférences des gouverneurs. Il avait déploré le non-respect des engagements pris pour garantir un fonctionnement harmonieux des institutions provinciales et dénoncé la multiplication des initiatives parlementaires, souvent en violation du droit de réponse.
Si, pour les autorités du gouvernement central, cette décision vise à préserver la stabilité institutionnelle dans un contexte marqué par l’agression rwandaise via la rébellion de l’AFC/M23, les principaux concernés, à savoir les députés provinciaux, appellent à aller au-delà des simples communications politiques pour examiner les causes profondes des tensions récurrentes au sein des institutions provinciales.
Clément MUAMBA, Envoyé Spécial au Kwilu









