Print this page

Discours du premier Premier Ministre Congolais le 30 juin 1960



 
Patrice Emery Lumumba, premier Premier Ministre Congolais, né à Katako-Kombe le 02 juillet 1925, a été assassiné à Lubumbashi le 17 janvier 1961. Figure emblématique de la RDC et du monde, il est un héros national.
 
Le discours de Patrice Lumumba du 30 juin 1960, prononcé lors de l'indépendance du Congo, est un moment historique marquant où il dénonce violemment l'oppression coloniale belge, célébrant la victoire des combattants de la liberté tout en appelant à la construction d'un Congo uni, prospère et souverain, rejetant l'esclavage passé et prônant l'unité africaine et le respect des droits.  Ce discours, improvisé en réponse au discours du roi Baudouin glorifiant la colonisation, affirmait que les souffrances coloniales étaient trop vives pour être oubliées et appelait les Congolais à prendre en main leur destin, promettant justice, travail et une nouvelle ère de grandeur pour l'Afrique. 
 
Points clés du discours :
  • Rejet du colonialisme 
    : Lumumba dénonce les agressions, les mauvais traitements et l'humiliation du régime colonial, déclaré que tout cela est désormais terminé. 
     
  • Hommage aux combattants 
    : Il rend hommage aux Congolais qui ont lutté pour leur liberté, faisant de ce jour une date à graver dans les mémoires. 
     
  • Appel à l'unité et au travail 
    : Il exhorte les citoyens à travailler ensemble pour bâtir une économie nationale, assurant que les richesses du pays profiteront à tous ses enfants. 
     
  • Vision d'un Congo nouveau 
    : Il promet un gouvernement fort, juste, populaire, garantissant la justice sociale, la juste rémunération du travail et l'égalité. 
     
  • panafricanisme 
    : Le discours marque un pas décisif vers la libération de tout le continent africain, faisant du Congo un centre de rayonnement pour l'Afrique. 
     
  • Indépendance spirituelle 
    : Il appelle à arracher l'indépendance spirituelle et totale, au-delà de l'indépendance politique. 
     
  • Collaboration internationale 
    : Il se dit prêt à une collaboration sincère avec les étrangers pays qui respectent la souveraineté congolaise. 
     
Ce discours est souvent considéré comme le testament politique de Lumumba, soulignant l'espoir immense et les défis immédiats de la nouvelle nation congolaise.
 
Ci-après le Discours intégral :
 

Congolais et Congolaises, Combattants de l'indépendance aujourd'hui victorieux, 

Je vous salue au nom du gouvernement congolais, A vous tous, mes amis, qui ont lutté sans relâche à nos côtés, je vous demande de faire de ce 30 juin 1960, une date illustre que vous garderez ineffaçablement gravée dans vos coeurs, une date dont vous enseignerez avec fierté la signification à vos enfants, pour que ceux-ci, à leur tour, ne connaîtraient pas à leurs enfants l'histoire glorieuse de notre lutte pour la liberté.

Car cette indépendance du Congo, si elle est proclamée aujourd'hui dans l'entente avec la Belgique, pays ami avec qui nous traitons d'égal à égal, nul Congolais digne de ce nom ne pourra jamais oublier cependant que c'est par la lutte qu'elle a été conquise (applaudissements), une lutte de tous les jours, une lutte ardente et idéaliste, une lutte dans laquelle nous n'avons ménagé ni nos forces, ni nos privations, nos souffrances, ni notre sang. Cette lutte, qui fut de larmes, de feu et de sang, nous en sommes fiers jusqu'au plus profond de nous-mêmes, car ce fut une lutte noble et juste, une lutte indispensable pour mettre fin à l'humiliant esclavage qui nous était imposé par la force.

Ce que fut notre sort dans les années 80 de régime colonial, nos blessures sont trop fraîches et trop douloureuses encore pour que nous puissions les chasser de notre mémoire ; Nous avons connu le travail harcelant, exigeant en échange de salaires qui ne nous permettaient ni de manger à notre faim ; ni de nous vêtir ou nous loger décemment, ni d'élever nos enfants comme des êtres chers.

Nous avons connu les ironies, les insultes, les coups que nous devions subir matin, midi et soir parce que nous étions des nègres. Qui oubliera qu'à un Noir on disait « tu », non certes comme un ami, mais parce que le « vous » honorable était réservé aux seuls blancs ? Nous avons connu que nos terres fussent spoliées au nom de prétendument textes légaux qui ne faisaient que reconnaître le droit du plus fort. Nous avons connu que la loi n'était jamais la même selon qu'il s'agissait d'un Blanc ou d'un Noir, accommodante pour les uns, cruelle et inhumaine pour les autres.

Nous avons connu les souffrances atroces des relégués pour opinions politiques ou croyances religieuses, exilés dans leur propre patrie, leur sorte était vraiment pire que la mort elle-même. Nous avons su qu'il y avait des maisons magnifiques pour les Blancs et des paillotes croulantes, ni dans les magasins dits européens, qu'un Noir voyageait a même la coque des péniches, aux pieds du Blanc dans sa cabine de luxe.

Qui oubliera enfin les fusillades où périrent tant de nos frères, les cachots où furent brutalement jetés ceux qui ne voulaient plus se soumettre au régime d’une justice d’oppression et d’exploitation.

Tout cela, mes frères, nous en avons profondément souffert. Mais tout cela aussi, nous que le vote de vos représentants élus a agréés pour diriger notre cher pays, nous qui avons souffert dans notre corps et dans notre coeur de l’oppression colonialiste, nous vous le disons tout haut, tout cela est désormais fini.

La République du Congo a été proclamée et notre cher pays est maintenant entre les mains de ses propres enfants.

Ensemble, mes frères, mes soeurs, nous allons commencer une nouvelle lutte, une lutte sublime qui va mener notre pays à la paix, à la prospérité et à la grandeur. Nous allons établir ensemble la justice sociale et assurer que chacun reçoive la juste rémunération de son travail. Nous allons montrer au monde ce que peut faire l’homme noir quand il travaille dans la liberté, et nous allons faire du Congo le centre de rayonnement de l’Afrique tout entière.

Nous allons veiller à ce que les terres de notre patrie profitent véritablement à ses enfants. Nous allons revoir toutes les lois d’autrefois et en faire de nouvelles qui seront justes et nobles. Nous allons mettre fin à l’oppression de la pensée libre et faire en sorte que tous les citoyens jouissent pleinement des libertés fondamentales prévues dans la Déclaration des Droits de l’homme. Nous allons supprimer efficacement toute discrimination quelle qu’elle soit et donner à chacun la juste place que lui vaudra sa dignité humaine, son travail et son dévouement au pays. Nous allons faire régner non pas la paix des fusils et des baïonnettes, mais la paix des coeurs et de bonnes volontés. Et pour tout cela, chers compatriotes, soyez sûrs que nous pourrons compter non seulement sur nos forces énormes et nos richesses immenses, mais sur l’assistance de nombreux pays étrangers dont nous accepterons la collaboration chaque fois qu’elle sera loyale et ne cherchera pas à nous imposer une politique quelle qu’elle soit.

Dans ce domaine, la Belgique qui, comprenant enfin le sens de l’histoire, n’a pas essayé de s’opposer à notre indépendance est prête à nous accorder son aide et son amitié, et un traité vient d’être signé dans ce sens entre nos deux pays égaux et indépendants. Cette coopération, j’en suis sûr, sera profitable aux deux pays.

De notre côté, tout en restant vigilants, nous saurons respecter les engagements librement consentis. Ainsi, tant à l’intérieur qu’à l’extérieur, le Congo notre chère république que mon gouvernement va créer, sera un pays riche, libre et prospère. Mais pour que nous arrivions sans retard à ce but, vous tous législateur et citoyens congolais, je vous demande de m’aider de toutes vos forces.

Je vous demande à tous d'oublier les querelles tribales qui nous épuisent et risquent de nous faire mépriser à l'étranger. J'exige à la minorité parlementaire d'aider mon gouvernement par une opposition constructive et de rester strictement dans les voies légales et démocratiques. Je vous exige à tous de ne reculer devant aucun sacrifice pour assurer la réussite de notre grandiose entreprise.

Je vous exige enfin de respecter inconditionnellement la vie et les biens de vos concitoyens et des étrangers établis dans notre pays. Si la conduite de ces étrangers laisse à désirer, notre justice sera prompte à les expulser du territoire de la République. Si par contre, leur conduite est bonne, il faut les laisser en paix, car eux aussi travaillent à la prospérité de notre pays.

L'indépendance du Congo marque un pas vers la libération de tout le continent africain.

Voilà, Sire, Excellences, Mesdames, Messieurs, mes chers compatriotes, mes frères de ma race, mes frères de lutte, ce que j'ai voulu vous dire au nom du gouvernement en ce jour magnifique de notre indépendance complète et souveraine.

Notre gouvernement fort, national, populaire, sera le salut de ce pays. J'invite tous les citoyens congolais, hommes, femmes et enfants, de se mettre résolument au travail en vue de créer une économie nationale prospère qui consacrera notre indépendance économique.

Hommage aux combattants de la liberté nationale !

Vive le Congo indépendant et souverain !

Share this article